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Inflation

Inflation (IPCH, CPI) : pourquoi le bitcoin réagit et ce qu'elle coûte aux stablecoins

Chaque mois, Eurostat et le Bureau of Labor Statistics américain publient l'inflation. Ces chiffres orientent les banques centrales, donc le marché crypto, et ils rappellent qu'un stablecoin conserve sa valeur nominale, pas son pouvoir d'achat.

Portrait illustré de Thomas Moreau

Suivi par Thomas Moreau, Journaliste marchés

Publié le , mis à jour le · 5 min de lecture

Préparé avec l'aide d'outils d'IA à partir des sources citées, sous la responsabilité de la rédaction. Notre méthode

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Un panier de provisions (pain, lait, sac) sur une table en bois, avec un smartphone affichant un paiement et des pièces.
Un panier de provisions (pain, lait, sac) sur une table en bois, avec un smartphone affichant un paiement et des pièces. Illustration générée par IA · Minuit Crypto

L'essentiel

  • Dans la zone euro, l'inflation est mesurée par l'IPCH, calculé par Eurostat ; une estimation rapide est publiée à la fin du mois concerné ou juste après, le chiffre complet vers le milieu du mois suivant.
  • Aux États-Unis, l'indice des prix à la consommation (CPI) est publié par le Bureau of Labor Statistics à 8 h 30, heure de New York, soit en général 14 h 30 à Paris.
  • Une inflation plus forte que prévu fait craindre des taux plus élevés ; selon le FMI, un resserrement de la Fed pèse sur les crypto-actifs comme sur les actions.
  • MiCA interdit de verser des intérêts sur les stablecoins de type EMT : leur rendement réel est donc négatif dès que les prix augmentent.

Le bitcoin bouge souvent dans les minutes qui suivent la publication d'un chiffre d'inflation, en Europe comme aux États-Unis. Ce n'est pas la hausse des prix elle-même qui fait réagir le marché, mais ce qu'elle annonce des décisions de la Banque centrale européenne (BCE) et de la Réserve fédérale américaine (Fed). Ce guide explique comment ces chiffres sont construits, quand ils tombent, comment le marché crypto les lit et ce qu'ils signifient pour qui détient des stablecoins.

Comment l'inflation est-elle mesurée dans la zone euro ?

Selon la BCE, on parle d'inflation lorsque les prix des biens et des services augmentent globalement, et non ceux de quelques produits seulement. Chaque euro permet alors d'acheter un peu moins.

L'outil de référence est l'indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH). « Harmonisé » signifie que tous les pays de l'Union européenne appliquent la même méthode. L'indice suit un panier de biens courants, de biens durables et de services consommés par les ménages. Selon la BCE, des millions de prix sont relevés chaque mois, en magasin et en ligne, et l'IPCH porte en moyenne sur environ 700 biens et services. Chaque institut national calcule l'indice de son pays, puis Eurostat, l'office statistique de l'Union, établit celui de la zone euro.

Tous les prix ne pèsent pas autant. Un poste compte d'autant plus que les ménages y consacrent une grande part de leur budget. La BCE donne un exemple : le café, le thé et le cacao pèsent 0,4 % de l'indice, les carburants et lubrifiants 4,6 %. Une même hausse de prix a donc un effet environ dix fois plus fort pour l'essence.

Quand les chiffres sont-ils publiés ?

En zone euro, Eurostat publie une estimation rapide (« flash ») à la fin du mois concerné ou dans les tout premiers jours du mois suivant. Elle donne le taux annuel d'ensemble et sa décomposition en quatre grandes composantes : énergie, alimentation-alcool-tabac, biens industriels hors énergie et services. Le chiffre complet, qui peut légèrement différer, suit vers le milieu du mois suivant. Les dates figurent dans le calendrier de diffusion d'Eurostat.

Aux États-Unis, l'indice des prix à la consommation (CPI) est publié chaque mois par le Bureau of Labor Statistics (BLS), à 8 h 30, heure de New York. À Paris, Bruxelles ou Genève, cela correspond en général à 14 h 30, une heure plus tôt pendant les quelques semaines où les changements d'heure ne coïncident pas. Le BLS publie son calendrier à l'avance ; les dates ont déjà été décalées lors de blocages budgétaires du gouvernement fédéral.

Pour le marché crypto, qui cote en continu, le chiffre américain compte particulièrement : il oriente la Fed, et le bitcoin se négocie surtout contre dollar.

Pourquoi un chiffre d'inflation fait-il bouger le bitcoin ?

Les banques centrales ont un objectif chiffré. La BCE vise une inflation de 2 % à moyen terme ; dans sa stratégie mise à jour en juin 2025, elle confirme que cet objectif est symétrique : un écart à la hausse est aussi indésirable qu'un écart à la baisse. Un chiffre d'inflation renseigne donc sur la suite probable de sa politique de taux.

Le raisonnement du marché est le suivant. Une inflation plus forte que prévu fait craindre des taux plus élevés, ou des baisses de taux repoussées. Une inflation plus faible que prévu ouvre la perspective inverse. Or, dans un document de travail publié en août 2023, des économistes du FMI montrent qu'un resserrement de la politique monétaire américaine fait baisser les prix des crypto-actifs par le canal de l'appétit pour le risque, comme pour les actions. Les auteurs notent que ce résultat contredit l'idée selon laquelle les crypto-actifs protégeraient du risque de marché.

D'où une situation qui surprend parfois : le bitcoin est souvent présenté comme un rempart contre l'inflation, en raison de son offre plafonnée à 21 millions d'unités, mais une mauvaise surprise sur les prix peut le faire reculer le jour de la publication. Ce qui compte à court terme, c'est l'effet attendu sur les taux.

Que regarder dans un chiffre d'inflation ?

  • L'écart avec le consensus : le marché réagit à la surprise, pas au niveau. Un chiffre élevé mais attendu peut ne rien changer.
  • L'inflation sous-jacente : hors énergie et alimentation, plus volatiles. Elle renseigne mieux sur la tendance que suivent les banques centrales. Dans l'estimation rapide d'Eurostat, la composante services est souvent scrutée pour la même raison.
  • Les révisions : le chiffre complet d'Eurostat peut corriger l'estimation rapide, et le BLS révise certaines séries.
  • Le calendrier des banques centrales : un chiffre publié quelques jours avant une réunion de la BCE ou de la Fed pèse davantage dans les anticipations (voir notre guide sur les décisions de la BCE et de la Fed).

Comme pour les décisions de taux, la première réaction peut être brutale sur un marché ouvert en continu et souvent traité avec effet de levier, puis s'inverser dans les heures qui suivent.

Un stablecoin protège-t-il de l'inflation ?

Non, et c'est le point le plus concret pour l'épargnant. Un stablecoin adossé à l'euro, comme l'EURC, vise à valoir un euro ; un stablecoin adossé au dollar, comme l'USDC, vise à valoir un dollar. Il conserve, s'il tient sa parité, une valeur nominale. Il ne conserve pas le pouvoir d'achat de cette somme.

Le règlement européen MiCA rend ce point incontournable. Son article 50 interdit aux émetteurs de jetons de monnaie électronique (EMT), la catégorie des stablecoins adossés à une seule monnaie, de verser des intérêts. La même interdiction vise les prestataires de services sur crypto-actifs pour les services liés à ces jetons. Le texte assimile à des intérêts toute rémunération ou tout avantage lié à la durée de détention.

Or, selon Wikifin, pour connaître le rendement réel d'une épargne, il faut retrancher l'inflation de l'intérêt perçu. Pour un jeton qui ne rapporte rien, le rendement réel est donc égal à l'inflation, avec un signe moins. Exemple simple : si les prix augmentent de 2 % sur un an, 1 000 € conservés en stablecoin euro valent toujours 1 000 €, mais achètent environ 2 % de biens et services en moins.

Pour un investisseur de la zone euro ou de Suisse qui détient un stablecoin en dollars, s'ajoute le risque de change : la valeur en euros ou en francs varie avec le cours du dollar, à la hausse comme à la baisse.

Une offre qui promet une rémunération sur un stablecoin mérite donc qu'on vérifie d'où elle vient et qui la verse. Les produits qui génèrent un rendement à partir de crypto-actifs, comme le staking ou le prêt, comportent leurs propres risques, jusqu'à la perte totale de la mise.

Pourquoi l'inflation ressentie paraît-elle plus forte ?

La BCE avance plusieurs explications à l'écart souvent perçu entre les chiffres officiels et l'expérience quotidienne : on retient mieux les hausses que les baisses, on est marqué par les achats fréquents comme l'essence ou le pain, et chacun a sa propre inflation, selon ce qu'il consomme. La mémoire joue aussi : l'IPCH mesure une évolution sur douze mois, alors que nos souvenirs remontent plus loin. Avec 2 % par an pendant dix ans, le niveau des prix progresse de plus de 20 %.

C'est précisément cet effet cumulé qui érode, année après année, une somme laissée en stablecoin ou sur un compte non rémunéré.

Vos questions

Qu'est-ce que l'IPCH ?

L'indice des prix à la consommation harmonisé mesure l'évolution des prix à la consommation dans l'Union européenne selon une méthode commune. Les instituts statistiques nationaux le calculent pour leur pays, puis Eurostat établit l'indice de la zone euro.

Pourquoi le bitcoin réagit-il aux chiffres de l'inflation ?

Parce que l'inflation oriente les décisions des banques centrales. Un chiffre supérieur aux attentes fait craindre des taux plus élevés, et le FMI a montré qu'un resserrement de la Fed pèse sur les prix des crypto-actifs par le canal de l'appétit pour le risque.

Un stablecoin protège-t-il de l'inflation ?

Non. Un stablecoin adossé à l'euro vise à conserver une valeur d'un euro, pas son pouvoir d'achat. Comme MiCA interdit d'y attacher des intérêts, sa valeur réelle baisse au rythme de l'inflation.