Faux conseillers crypto et démarchage : comment vérifier que votre interlocuteur a le droit de vous solliciter
Un « conseiller » vous appelle ou vous écrit pour vous proposer d'investir en cryptos ? Depuis la fin de la période transitoire de MiCA, conseiller ou démarcher sur des crypto-actifs exige un statut précis. Voici qui en a le droit, ce qu'un vrai conseiller doit faire, et comment le vérifier.
Suivi par Nicolas Garnier, Journaliste investissements
Publié le , mis à jour le · 6 min de lecture
Préparé avec l'aide d'outils d'IA à partir des sources citées, sous la responsabilité de la rédaction. Notre méthode

L'essentiel
- Selon l'AMF, un conseiller en investissements financiers (CIF) qui donne des recommandations personnalisées sur des crypto-actifs doit obtenir le statut de prestataire de services sur crypto-actifs (PSCA).
- En France, seules les sociétés bénéficiant du statut de PSCA ont le droit de vous démarcher pour des crypto-actifs, rappelle l'AMF.
- Depuis le 11 août 2026, un professionnel ne peut plus vous démarcher par téléphone sans votre accord préalable, actif et révocable, selon la DGCCRF.
- Un vrai conseiller crypto doit évaluer votre situation, y compris votre capacité à supporter des pertes, et vous remettre un rapport sur l'adéquation de ses conseils, selon le règlement MiCA.
Un appel d'un « gestionnaire de patrimoine », un message d'un « coach » qui propose de vous guider sur le bitcoin, une invitation dans un groupe d'investisseurs : les sollicitations autour des cryptos ne manquent pas. Avant de répondre, une question compte plus que le discours : cette personne a-t-elle le droit de vous conseiller et de vous démarcher ? Depuis la fin de la période transitoire du règlement européen MiCA, la réponse dépend d'un statut que vous pouvez vérifier vous-même.
Qui a le droit de vous conseiller sur des cryptos ?
MiCA définit le conseil en crypto-actifs comme le fait de donner à un client des recommandations personnalisées sur des transactions en crypto-actifs ou sur l'utilisation de services sur crypto-actifs. C'est un service réservé aux prestataires de services sur crypto-actifs (PSCA) agréés. Selon l'AMF, depuis le 1er juillet 2026, tout professionnel qui propose des services sur crypto-actifs doit disposer de ce statut.
Dans une mise à jour de sa doctrine publiée le 27 juillet 2026, l'AMF tire les conséquences pour les conseillers en investissements financiers (CIF) :
- un CIF qui fournit des recommandations personnalisées sur des crypto-actifs doit obtenir le statut de PSCA ;
- il ne peut pas recourir à la simple procédure de notification, réservée à certaines entités déjà agréées comme les prestataires de services d'investissement ;
- le champ du conseil sous MiCA est plus large que celui du conseil en investissement classique, qui ne couvre que les instruments financiers.
Deux situations restent hors de ce champ, selon l'AMF : la diffusion d'informations non personnalisées destinées au public, et le conseil sur des instruments financiers dont le sous-jacent est un crypto-actif, comme un fonds ou un titre de créance indexé sur des cryptos. Pour ces derniers, un CIF reste compétent, à condition d'être immatriculé sur le registre de l'ORIAS et d'adhérer à une association professionnelle agréée par l'AMF.
Que doit faire un vrai conseiller crypto ?
Un prestataire autorisé qui vous conseille est soumis à des obligations précises par MiCA (article 81). Il doit notamment :
- évaluer l'adéquation de ses conseils à votre profil : connaissances et expérience des crypto-actifs, objectifs, tolérance au risque, situation financière et capacité à supporter des pertes ;
- vous dire, avant de vous conseiller, si ses conseils sont indépendants et s'ils reposent sur une analyse large ou limitée à certains crypto-actifs ;
- vous informer de l'ensemble des coûts, y compris le coût du conseil ;
- vous avertir que la valeur des crypto-actifs peut fluctuer, qu'ils peuvent subir des pertes totales ou partielles, qu'ils peuvent ne pas être liquides et qu'ils ne sont couverts ni par les systèmes d'indemnisation des investisseurs ni par la garantie des dépôts ;
- vous remettre un rapport sur l'adéquation, sur support électronique, qui résume ses conseils et explique en quoi ils répondent à vos objectifs.
L'AMF le résume ainsi : un PSCA qui ne vous pose pas ces questions n'a pas le droit de vous fournir de conseils. Un interlocuteur qui recommande un jeton ou une plateforme sans rien vous demander sur votre situation ne se comporte pas comme un conseiller autorisé.
Qui peut vous démarcher pour des cryptos ?
Il y a démarchage lorsqu'une personne vous contacte sans sollicitation de votre part, chez vous, au travail ou à distance, par courrier, e-mail ou téléphone, selon l'AMF. Pour les crypto-actifs, la règle est nette : seules les sociétés bénéficiant du statut de PSCA ont le droit de vous démarcher. L'AMF ajoute qu'une société absente de sa liste blanche est probablement une arnaque.
Les règles générales du démarchage financier s'appliquent aussi. Selon l'AMF, le démarcheur doit être titulaire d'une carte de démarchage et vous la présenter. Il ne peut ni signer de contrat ni vous demander d'argent : il doit fixer un rendez-vous avec la société pour laquelle il agit. Certains produits ne peuvent pas être proposés par démarchage, notamment ceux dont le risque maximum n'est pas connu au moment de la souscription.
Que change l'interdiction du démarchage téléphonique non consenti ?
Depuis le 11 août 2026, un professionnel n'a plus le droit de vous démarcher par téléphone sans votre accord préalable, selon la DGCCRF. Ce consentement doit être actif, éclairé et révocable : un silence ou une case pré-cochée ne suffisent pas, et il n'est pas permis de vous appeler pour obtenir cet accord. Les appels ne sont autorisés que du lundi au vendredi, hors jours fériés, de 10 h à 13 h et de 14 h à 20 h, dans la limite de quatre par mois.
Un professionnel qui enfreint ces règles risque jusqu'à 75 000 euros par appel s'il s'agit d'une personne physique, et jusqu'à 375 000 euros pour une entreprise. Si vous recevez un appel commercial auquel vous n'avez pas consenti, la DGCCRF conseille de le signaler sur SignalConso, d'exiger la suppression de vos données et de conserver le numéro, la date et l'heure de l'appel.
Comment vérifier le statut de votre interlocuteur ?
- Faites-vous préciser le nom exact de la société pour laquelle il agit, son pays d'établissement et son adresse.
- Cherchez cette société sur la liste blanche des PSCA publiée par l'AMF.
- Consultez le registre MiCA de l'ESMA, qui recense les prestataires agréés dans l'Union européenne et les services autorisés pour chacun. Selon les autorités européennes de surveillance, une société peut n'être autorisée que pour une partie de ses activités : vérifiez qu'elle l'est bien pour le conseil.
- Pour un CIF, vérifiez son immatriculation sur le registre de l'ORIAS, qui indique son numéro et son statut.
- Exigez des documents écrits : un CIF doit vous remettre une lettre de mission détaillant sa prestation et sa rémunération, un conseiller crypto un rapport sur l'adéquation.
- En cas de doute, appelez AMF Epargne Info Service au 01 53 45 62 00.
Attention : un nom de société réel ne prouve pas que votre interlocuteur y travaille. Les escrocs usurpent souvent l'identité de sociétés autorisées. Pour démasquer ces imitations, consultez notre guide des signaux d'alerte des arnaques crypto.
En Belgique : les faux conseillers des groupes WhatsApp
Dans une mise en garde du 23 mars 2026, la FSMA décrit un schéma répandu. Des publicités sur les réseaux sociaux promettent des analyses exclusives des marchés, puis les victimes sont ajoutées à des groupes WhatsApp. Leurs animateurs se font souvent passer pour des économistes ou des personnalités du monde des affaires, et prétendent travailler pour des prestataires agréés, souvent étrangers. Ils poussent à télécharger de fausses applications de trading de cryptomonnaies.
La FSMA recommande de quitter le groupe, de bloquer l'administrateur, de ne télécharger aucune application recommandée et de ne plus verser d'argent. Si un paiement a déjà été effectué, prévenez votre banque, signalez la fraude à la FSMA et portez plainte auprès de la police.
En Suisse : méfiance face aux appels non sollicités
La FINMA décrit, dans un rapport daté du 18 décembre 2024, des démarchages téléphoniques agressifs menés parfois depuis des centres d'appels situés à l'étranger. Parmi ses dix conseils : ne jamais se laisser mettre sous pression, vérifier si le prestataire dispose d'une autorisation de la FINMA et s'il figure sur sa liste noire ou sur le portail d'alertes de l'OICV. En cas de doute sur une entreprise, la FINMA peut être interrogée à l'adresse questions@finma.ch.
Les signaux qui doivent vous alerter
- Un contact que vous n'avez pas sollicité, par téléphone, messagerie ou réseau social.
- Une pression pour décider vite.
- Aucune question sur votre situation, vos objectifs ou votre capacité à supporter des pertes.
- Une demande de versement, ou l'installation d'une application imposée par votre interlocuteur.
- Une société introuvable sur la liste blanche de l'AMF ou dans le registre de l'ESMA.
Investir en crypto-actifs comporte un risque de perte totale, même auprès d'un prestataire autorisé.
Vos questions
Un CIF peut-il me conseiller sur des cryptomonnaies ?
Selon l'AMF, un CIF qui fournit des recommandations personnalisées sur des transactions en crypto-actifs ou sur l'utilisation de services sur crypto-actifs doit obtenir le statut de PSCA. Il peut en revanche conseiller sur des instruments financiers indexés sur des cryptos, comme un titre de créance ou un fonds.
Une société peut-elle m'appeler pour me proposer des cryptos ?
Selon l'AMF, seules les sociétés ayant le statut de PSCA peuvent vous démarcher. Et depuis le 11 août 2026, tout démarchage téléphonique sans votre consentement préalable est interdit, selon la DGCCRF.
Comment vérifier qu'un conseiller crypto est autorisé ?
Identifiez la société pour laquelle il agit, puis cherchez-la sur la liste blanche des PSCA de l'AMF ou dans le registre MiCA de l'ESMA, en vérifiant qu'elle est autorisée pour le service de conseil. En cas de doute, AMF Epargne Info Service répond au 01 53 45 62 00.


