Staking, prêt, offres « earn » : comment lire un rendement crypto et les risques qu'il cache
Un pourcentage annuel affiché en grand ne dit ni d'où vient le rendement, ni en quelle monnaie il est payé, ni ce que vous risquez. À partir des publications de l'AMF, de la FINMA et des autorités européennes, voici comment décortiquer une offre de staking ou de prêt de cryptos.
Suivi par Nicolas Garnier, Journaliste investissements
Publié le , mis à jour le · 5 min de lecture
Préparé avec l'aide d'outils d'IA à partir des sources citées, sous la responsabilité de la rédaction. Notre méthode

L'essentiel
- Selon l'AMF, aucune société sérieuse ne peut garantir un rendement minimum sur des crypto-actifs, et des rendements élevés garantis au-delà de 2 à 3 % n'existent pas.
- Un APY intègre la capitalisation des gains, contrairement à un simple taux annuel : à taux égal, il affiche un chiffre plus élevé.
- Les récompenses de staking et les intérêts de prêt sont payés en jetons : selon l'EBA et l'ESMA, les variations de prix peuvent réduire le rendement obtenu, voire la valeur des actifs placés.
- MiCA n'encadre pas expressément le prêt ni l'emprunt de crypto-actifs, et interdit le versement d'intérêts sur les jetons de monnaie électronique.
« Jusqu'à 8 % par an », « rendement annuel estimé » : les offres de staking, de prêt ou de produits « earn » mettent en avant un pourcentage. Ce chiffre n'est qu'un point de départ. Il ne dit pas d'où vient la rémunération, en quelle monnaie elle est versée, combien de temps vos fonds seront immobilisés, ni ce qui se passe si le prestataire fait défaut. Voici comment le lire, à partir des publications des régulateurs. Rappel : un investissement en crypto-actifs peut entraîner la perte totale de la mise.
Un rendement élevé peut-il être sans risque ?
Non. L'AMF pose la règle générale : un placement sans risque rapporte peu, et espérer davantage suppose d'accepter plus de risque. Pour les crypto-actifs, elle est plus directe : aucune société sérieuse ne peut garantir un rendement minimum, et des rendements élevés garantis, au-delà de 2 à 3 %, n'existent pas.
La FINMA, en Suisse, formule la même mise en garde. Des rendements élevés vont généralement de pair avec des risques de perte élevés, et ces risques sont souvent plus réels que les chances de rendement. Elle invite à comparer les rendements et les commissions avec ceux d'établissements autorisés, et à redoubler de prudence lorsqu'ils sont nettement supérieurs.
D'où vient le rendement affiché ?
Le rapport conjoint de l'Autorité bancaire européenne (EBA) et de l'ESMA, publié en janvier 2025, décrit plusieurs sources.
- Le staking. Sur Ethereum, par exemple, les validateurs reçoivent de nouveaux jetons créés par le réseau, ainsi qu'une partie des frais de transaction payés par les utilisateurs. Si vous passez par un prestataire, vous percevez ces récompenses diminuées de sa commission, généralement exprimée en pourcentage. Selon le rapport, les conditions de certaines plateformes laissent entendre que seule une partie des récompenses est reversée au client.
- Le prêt. Vos cryptos sont prêtées, directement ou via la plateforme, à des emprunteurs qui paient des intérêts. Sur les plateformes centralisées, le rapport relève des intérêts versés aux utilisateurs qui prêtent leurs cryptos compris entre 4 et 16 %, tandis que les emprunteurs paient généralement de 8 à 15 %.
- Les protocoles de finance décentralisée. Ils fonctionnent souvent avec des réserves de liquidité, et l'écart entre les taux payés par les emprunteurs et ceux versés aux prêteurs est étroit, selon le rapport.
Les niveaux varient beaucoup. En octobre 2024, d'après le rapport, la récompense fixée par le réseau atteignait 3,46 % sur Ethereum et 6,73 % sur Solana. Selon les services de staking délégué, les rendements annoncés allaient de 2,29 % à 10,25 % sur Ethereum, parfois au-dessus de la récompense du réseau lui-même. Un écart qui mérite une question : qui paie la différence, et comment ?
APR, APY : que mesure le pourcentage ?
Ces deux sigles viennent du vocabulaire financier anglo-saxon. Dans la réglementation bancaire américaine (Regulation DD), le taux d'intérêt est le taux annuel qui ne tient pas compte de la capitalisation, et peut être désigné comme « annual percentage rate » (APR). L'« annual percentage yield » (APY) reflète le total des intérêts perçus sur un an, en tenant compte de la fréquence de capitalisation.
Concrètement, un APY suppose que les gains sont réinvestis et produisent eux-mêmes des gains. À taux égal, il affiche donc un chiffre plus élevé. Un taux de 10 % capitalisé chaque jour correspond à un APY d'environ 10,5 %. Comparer l'APR d'une offre à l'APY d'une autre revient à comparer deux mesures différentes.
Surtout, ces pourcentages sont rarement fermes. Parmi les clauses relevées par l'EBA et l'ESMA chez certains prestataires : le taux de récompense n'est qu'une estimation, il peut changer à tout moment, et rien ne garantit qu'un rendement sera versé.
Pourquoi le rendement en jetons peut-il se transformer en perte ?
Les récompenses sont généralement versées dans la crypto placée, pas en euros. Selon l'EBA et l'ESMA, les utilisateurs qui prêtent ou stakent leurs cryptos restent exposés aux variations de prix, qui peuvent réduire leur rendement ou la valeur de leurs actifs.
Un exemple fictif : vous placez 100 jetons valant 10 euros chacun, soit 1 000 euros, avec une récompense de 10 % sur un an. Vous détenez désormais 110 jetons. Si le prix du jeton a baissé de 30 % entre-temps, à 7 euros, votre position vaut 770 euros. Le pourcentage affiché a bien été versé, mais vous avez perdu de l'argent.
Quels risques propres au staking ?
Le rapport de l'EBA et de l'ESMA en identifie trois principaux :
- Le blocage. Il existe souvent une période de blocage et de sortie de plusieurs jours, voire plusieurs dizaines de jours. Vous ne pouvez pas vendre pendant ce temps, même si le marché chute, et ce risque n'est pas toujours clairement signalé.
- Les pénalités, ou « slashing ». Sur certaines blockchains, un validateur qui commet une faute peut perdre une partie des actifs engagés. Le rapport note que cela semble rare : environ 0,04 % des validateurs actifs d'Ethereum avaient été sanctionnés en février 2024, selon les études citées. Certains prestataires s'engagent à compenser ces pertes, mais la portée de cette protection varie.
- La conservation. Lorsque vous confiez vos cryptos à un intermédiaire, vous dépendez de sa solidité et de la séparation de vos actifs.
Et le prêt de cryptos ?
Le prêt présente des risques supplémentaires. L'EBA et l'ESMA rappellent que le prêt et l'emprunt de crypto-actifs ne sont pas expressément encadrés par le règlement MiCA, et que seules quelques autorités nationales déclarent les réglementer en partie.
Le rapport décrit des pratiques à surveiller dans les conditions générales : la possibilité pour le prestataire de réutiliser les actifs reçus en garantie, le mélange des cryptos des clients avec les siennes, ou encore des prêts accordés sans garantie et sans recours. En cas de défaillance ou de faillite, ces clauses peuvent compliquer la récupération de vos fonds. Le rapport rappelle aussi que l'emprunt centralisé de cryptos a connu d'importantes défaillances.
Stablecoins rémunérés : ce que MiCA interdit
Une règle claire existe pour les jetons de monnaie électronique, ces stablecoins adossés à une monnaie officielle et régis par MiCA. Leur émetteur ne peut pas verser d'intérêts, et un prestataire de services sur crypto-actifs non plus lorsqu'il fournit des services liés à ces jetons (article 50). Toute rémunération ou tout avantage lié à la durée de détention du jeton est considéré comme un intérêt.
Les questions à poser avant de souscrire
- D'où vient précisément le rendement : récompenses du réseau, intérêts d'emprunteurs, autre chose ?
- Le pourcentage est-il un APR ou un APY, fixe ou estimé, et peut-il changer ?
- En quelle monnaie la rémunération est-elle versée ?
- Combien de temps les fonds seront-ils bloqués, et la sortie est-elle payante ou plafonnée ?
- Qui conserve les cryptos, et le prestataire peut-il les prêter ou les réutiliser ?
- Le prestataire est-il autorisé ? Notre guide pour vérifier l'agrément d'une plateforme crypto détaille la méthode.
Une promesse de rendement élevé et garanti reste enfin l'un des signaux classiques d'arnaque : notre guide des signaux d'alerte les passe en revue.
Vos questions
Quelle différence entre APR et APY sur une offre crypto ?
L'APR désigne en général un taux annuel simple, sans capitalisation. L'APY tient compte du réinvestissement des gains sur un an. À taux égal, l'APY est donc plus élevé : 10 % capitalisés chaque jour donnent environ 10,5 % sur un an.
Le staking de cryptos est-il sans risque ?
Non. Selon l'EBA et l'ESMA, l'utilisateur reste exposé aux variations de prix, peut subir une période de blocage de plusieurs jours ou dizaines de jours et, sur certaines blockchains, des pénalités en cas de faute du validateur.
Peut-on percevoir des intérêts sur un stablecoin en euros ?
Pas sur un jeton de monnaie électronique au sens de MiCA : ni l'émetteur ni les prestataires de services sur crypto-actifs ne peuvent verser d'intérêts, ni d'avantage lié à la durée de détention.


